Nadia Remadna, la mère qui fait trembler les maires de banlieue 02 avril 2016 | 21h08 Le Parisien

Mis à jour : 19 janv. 2019

Difficile de la rater tant elle fait le tour des plateaux de télévision. «Est-ce que 200 voix valent 130 morts?» C'est avec ce genre de déclarations fracassantes que Nadia Remadna, fondatrice de la «Brigade des mères», est devenue la bête noire des élus de banlieue qu'elle accuse de faire le lit du terrorisme, pour préserver la paix sociale.

«Nous, les Français, on va devoir apprendre à vivre avec la peur, comme les Algériens au temps de la guerre civile. Si on aime la France autant qu'on le dit, il faut qu'on se lève tous», lance cette grande femme de 52 ans aux longs cheveux noirs. Ce jour-là, alors que la capitale belge est frappée au coeur par un double attentat, cette mère divorcée de quatre enfants est invitée par l'Observatoire de la laïcité de Saint-Denis pour parler de son livre, «Comment j'ai sauvé mes enfants» (Calmann-Lévy).

Une brigade des mères comme il y a une brigade des stups

En 2013, voyant que son téléphone n'arrêtait pas de sonner, Nadia Remadna a eu l'idée de fonder la «Brigade des mères». Pour «intervenir quand c'est chaud», à l'image de «la Brigade des stups ou de la BAC», explique cette ancienne médiatrice scolaire.

La «BDM» n'a pas de local, aucune subvention mais qu'importe: des centaines de mères, y compris des beaux quartiers parisiens, l'ont rejointe et, ailleurs en France, d'autres "BDM" sont en train de se former.

Elle s'enfuit du bled l'année de ses 25 ans

Si Nadia Remadna encourage les femmes à prendre leur destin en main, c'est qu'elle-même a fait l'expérience de l'enfermement. L'été de ses 13 ans, alors que la famille passe les vacances en Algérie, son père lui dit de dire «adieu à la France». Tous restent au bled, d'où elle parvient à s'enfuir l'année de ses 25 ans. Pendant que son père est à la mosquée, elle lui vole ses économies et saute dans un taxi, direction Sétif et la liberté.

Longtemps, Nadia a concentré ses attaques sur le patriarcat qui règne dans les quartiers populaires. Mais depuis les attentats du 13 novembre, les élus, jugés responsables de la «salafisation» des banlieues, sont la cible principale de sa vindicte, à commencer par le maire de Sevran. Avec les parents d'un jeune tué en Syrie, elle accuse Stéphane Gatignon (UDE) d'avoir fermé les yeux sur la présence de recruteurs sur sa commune : pas moins de six Sevranais seraient morts dans les rangs de l'organisation État islamique.

«Est-ce que 200 voix valent 130 morts ? Je vous préviens, la prochaine fois qu'un jeune meurt à Sevran, je porte plainte pour non-assistance à personne en danger», lance Nadia Remadna.

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